Des responsables politiques ukrainiens et polonais ont opté pour le dialogue à Gdansk jeudi, à l'occasion de la 5e conférence sur la reconstruction de l'Ukraine, même si l'absence de Volodymyr Zelensky a laissé entendre des tensions persistantes entre les deux nations.
À l'ouverture de cette réunion, le Premier ministre polonais Donald Tusk a déclaré : "Nous ne pouvons ainsi construire notre avenir sans la vérité, le respect mutuel, et une compréhension partagée de notre Histoire".
Son homologue ukrainienne, Ioulia Svyrydenko, présente pour représenter Zelensky, a salué les efforts des Polonais pour "bâtir un avenir commun". Les deux dirigeants, souriants, ont insisté sur leur rapprochement, Tusk affirmant à Svyrydenko : "Vous êtes ici chez vous".
Cependant, Tusk a également évoqué la nécessité pour l'Ukraine d'"analyser sa propre histoire" et de démontrer une véritable capacité à réconcilier les mémoires si elle souhaite se rapprocher de l'Union européenne.
Le climat entre Varsovie et Kiev s'est détérioré fin mai, lorsque Zelensky a annoncé le baptême d'une unité militaire au nom de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), dont la responsabilité dans la mort de milliers de Polonais pendant la Seconde Guerre mondiale en Pologne est toujours sensible.
Suite à cette annonce, le président polonais, Karol Nawrocki, a retiré la plus haute distinction de son pays, l'Ordre de l'Aigle blanc, à Zelensky.
Donald Tusk, un fervent européen et souteneur de l'Ukraine, continue d'appeler à l'apaisement, rappelant que Gdansk, sa ville natale, a su se relaver de ses ruines pour devenir un modèle de reconstruction à l'échelle mondiale. "Un défi d'une ampleur similaire attend également l'Ukraine", a-t-il ajouté.
Les entreprises polonaises présentes ont exprimé l'espoir que les tensions politiques n'impactent pas le développement commercial. Michał Rzepnikowski, de la société Endolink SA, a confié à l'AFP : "Nous ne voyons aucun problème. Ce n'est pas une priorité en temps de guerre, malgré les tensions".
Sous le regard vigilant de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, Tusk et Svyrydenko ont échangé des propos amicaux au centre de conférence Amberexpo, un lieu symbolique ayant souffert durant la Deuxième Guerre mondiale.
Von der Leyen a annoncé un premier coup de pouce financier de 3,2 milliards d'euros, fruit d'un prêt d'un montant total de 90 milliards d'euros alloué à l'Ukraine par l'Union européenne. "Ces investissements soulignent le soutien indéfectible de l'Europe à l'Ukraine", a-t-elle affirmé devant l'assistance incluant des politiques et des investisseurs rassemblés jusqu'à vendredi.
La commissaire européenne à l'Élargissement, Marta Kos, a partagé des craintes au sujet des tensions politiques affectant le climat économique. Les abords du centre étaient fortement sécurisés par la police en raison de l'appel à manifester lancé par un parti ultranationaliste polonais.
Parmi les principaux thèmes discutés lors de cette conférence, la nécessité de moderniser le secteur énergétique ukrainien, gravement touché par la guerre. L'accent a également été mis sur les infrastructures essentielles, notamment pour garantir la sécurité.
Après plus de quatre années de conflit, les besoins en fonds nécessaires à la reconstruction en Ukraine se chiffrent en centaines de milliards de dollars, comme l'indiquent diverses institutions, y compris la Banque mondiale.
Le défi à relever pour l'Ukraine demeure d'attirer les investisseurs, d'autant plus que les discussions promues par Washington pour mettre fin aux hostilités n'ont pas progressé. Actuellement, l'Ukraine alloue la majorité de ses ressources à son effort de guerre et à la stabilisation de son économie.
La question de la corruption reste préoccupante, des alliés de Kiev insistant sur la nécessité de réformes pour avancer vers l'adhésion à l'UE. Kos a averti : "Les investisseurs fuiront s'ils perçoivent de la corruption".







