Malgré un destin tragique, l'héritage intellectuel de Claude McKay, poète jamaïcain, émerge à nouveau un siècle après son séjour en France. McKay, qui s'est éteint dans l'oubli, demeure une figure clé de la pensée émancipatrice noire.
La France, synonyme de liberté pour de nombreux artistes afro-descendants, a profondément marqué Claude McKay qui y a vécu de 1923 à 1928. À Marseille, il y crée ses œuvres les plus mémorables. Dans le documentaire Claude McKay, errances d'un poète révolté, réalisé par Matthieu Verdeil, le spectateur plonge dans le parcours fascinant de ce poète atypique, diffusé sur France 5 le 12 avril à 22h40 et sur France.tv.
Pionnier de la Renaissance de Harlem, McKay a été une source d'inspiration pour le mouvement de la Négritude. Le romancier franco-rwandais Gaël Faye prête sa voix à McKay, faisant ressurgir l’intensité de son poème If We Must Die, symbole des combats menés par les Noirs américains durant le Red Summer de 1919. Aujourd'hui, ces mots résonnent avec les luttes contemporaines telles que celles du mouvement Black Lives Matter et les manifestations pour la justice pour Adama Traoré en France.
De Kingston à Harlem
Né d'un père cultivateur et descendant d'esclaves, McKay découvre le racisme à Kingston dès son adolescence. Ses sentiments de révolte se transforment en poésie, le propulsant à la célébrité. En 1912, il se rend aux États-Unis, où la segrégation raciale l’ébranle. Refusant de rester passif face à l'injustice, il s'établit à Harlem en 1914.
Les combats menés par les soldats noirs de la Première Guerre mondiale créent un climat de revendication. Le brutal Red Summer de 1919 inspire son célèbre poème If We Must Die, écrit alors que le racisme exacerbé fait rage. McKay appelle à la résistance face aux oppresseurs, affirmant que si la mort doit survenir, elle ne doit pas être synonyme de défaite.
"Alors que la volonté de lutter émerge chez ces Afro-Américains, McKay se fait leur porte-parole en utilisant des mots puissants pour galvaniser une communauté tout en témoignant de sa douleur, de sa fierté et de sa lutte", analyse l'historien de la littérature, Jean-Pierre Guis set.
Un voyage à travers l’art et la politique
Passionné de politique, McKay se forme à Londres, où il rencontre des figures novatrices du mouvement ouvrier. Ces échanges alimentent son engagement politique. En 1921, de retour aux États-Unis, il s'entoure des penseurs noirs et des militants de gauche.
Le Harlem Renaissance émerge alors, un mouvement culturel riche en musique et en art. McKay, considéré comme un pionnier, devient une figure emblématique de ce renouveau artistique, tout en faisant face aux discriminations raciales persistantes.
La France, terre d’inspiration
En 1923, McKay s'installe à Paris, attiré par son atmosphère cosmopolite et son innovation créative. Dans cette ville, il écrit son roman Retour à Harlem, corroborant son lien avec l'histoire afro-américaine. Sa carrière littéraire prend de l'ampleur et, malgré la maladie, il continue de produire des œuvres marquantes.
Son expérience à Marseille, où il côtoie une communauté noire variée, lui inspire Banjo, qui explore la condition des Noirs dans le monde. Ce livre influence les écrivains tels qu'Aimé Césaire, donnant naissance à des concepts de négritude.
Les dernières années et l’héritage
En Afrique, il se reconnecte à ses racines et découvre la culture gnawa au Maroc, libéré temporairement des contraintes raciales. Malheureusement, à son retour à New York, la pauvreté le rattrape. En 1944, il se convertit au catholicisme et consacre ses dernières années à des poèmes religieux, témoignant d'une quête de sens face à la mort.
Claude McKay meurt en 1948, laissant un héritage d'écrits puissants. W.E.B. Du Bois l’a qualifié de Noir international, une expression toujours pertinente face aux inégalités contemporaines. Le documentaire de Verdeil résonne comme un appel à redécouvrir les luttes et les combats qui demeurent d’actualité, captivant ainsi de nouvelles générations d'artistes et de penseurs.







