Quatre jours après le début de l'invasion russe en Ukraine, la vie de Mykhaïlo, un ingénieur ukrainien travaillant en Russie depuis sept ans, s'est effondrée. Il se souvient d'une réunion à Moscou avec la grande entreprise pétrolière Transneft lorsque, après avoir exprimé son désaccord sur des décisions de production, un collègue le traite de « putain de nazi ». Ce moment marquant révèle l'isolement de celui qui avait bâti sa vie en Russie.
Mykhaïlo, maintenant exilé à Budapest avec sa compagne, Daryna, avait auparavant tout abandonné : sa carrière, ses biens, et même son mariage avec une russe. La guerre a exacerbé les différences entre ses deux mondes, opposant la guerre en Ukraine et la désinformation de sa belle-famille en Russie. « Ils ne comprennent pas ma détresse », a-t-il déclaré en évoquant la propagande qui sévit dans son ancienne patrie.
Une fracture irréversible
Ce n’était pas la première fois que Mykhaïlo était en guerre. Ancien militaire engagé dans l’opération anti-terroriste en 2014 contre les séparatistes prorusses, il avait été blessé et réformé. Ironiquement, cela l'avait conduit à devenir ingénieur, une carrière qui l'a finalement conduit en Russie. Mais la guerre de 2022 a brisé cette dynamique.
Dans ses mots : « Je savais qu'il me fallait partir, mais ma femme ne voulait pas m'accompagner. » La rupture de leur mariage a été rapide suite à l'invasion. Il raconte son départ du territoire russe, se remémorant les interrogatoires du FSB qui ont suivi, troublant le souvenir d'une vie tranquille avec une existence maintenant soumise à la répression.
Parcours vers la liberté
Sa fuite l’a conduit en Kazakhstan avant d’atteindre enfin la Pologne. Sur le vol, il réalise qu'il n'est pas seul ; beaucoup comme lui fuient la guerre. À Budapest, il trouve réconfort auprès de Daryna, qui est devenue sa compagne et son soutien moral. « Elle m’a sauvé la vie », souligne Mykhaïlo, abordant avec humour l'idée de désespoir qui a façonné son parcours.
Retour aux racines
Malgré un nouvel amour, Mykhaïlo ressent un devoir envers son pays. Il a fait plusieurs voyages en Ukraine pour apporter aide et matériel. Il a hélas été victime d'une mine deux fois, une expérience qui a encore renforcé son engagement envers son pays natal. Mais malheureusement, le risque d'être enrôlé dans l'armée pèse lourdement sur lui.
« J'ai développé des compétences pour survivre », dit-il, avec un mélange de sagesse et de résignation. Alors que le conflit au sein de l'Ukraine se poursuit, Mykhaïlo reste déterminé à ne pas laisser son histoire se terminer dans l'oubli, tout en gardant espoir en un avenir meilleur. Son parcours illustre les complexes défis de l'exil et le pouvoir de l'amour face à l'adversité.







