Les dynamiques internationales évoluent rapidement et de manière significative. Pour que l'Europe reste pertinente sans renier ses valeurs, il est crucial que ses leaders et citoyens soient plus lucides et réactifs.
Après la tension, vient le soulagement ? Pas si sûr. La récente déclaration de Donald Trump concernant le Groenland ne devrait pas nous apaiser. Bien qu'il ait renoncé à ses menaces militaires et commerciales, la situation engendrée par ses précédentes actions reste préoccupante.
Ce changement de ton chez les Européens témoigne d'une volonté accrue de ne plus subir les caprices des États-Unis, surtout après l'humiliation vécue par Ursula von der Leyen l'année dernière à Turnberry, où elle avait dû accepter des droits de douane de 15 %.
Ingérences et dépendances
Nous vivons une époque d’instabilité, où l'absence de règles apparentes favorise les menaces. Le régime de relations internationales est devenu un espace de conflits et d'intimidation, dominé par les plus puissants. L’Union européenne, historiquement construite sur l’illusion d'une paix pérenne, se retrouve maintenant dépourvue de véritables atouts.
D’autres acteurs comme la Russie et la Chine intensifient leurs ingérences, créant un climat où l'établissement d'un nouvel ordre mondial devient nébuleux. Claude Malhuret, sénateur, fait remarquer que ces menaces renforcent l’image de la Chine comme un acteur stabilisateur, dans une réalité où la Russie et les États-Unis semblent opérer selon des logiques peu conciliantes avec les alliances traditionnelles.
La question se pose : pourquoi des nations avec un PIB comparable à celui de grandes puissances comme la Chine ou les États-Unis sont-elles perçues comme secondaires ? Cela s'explique par leur dépendance énergétique, militaire et commerciale vis-à-vis de ces pays. C'est un fait : l'Europe doit urgemment œuvrer à sa souveraineté, y compris par des politiques de réarmement et de réindustrialisation. Pour ce faire, une réforme de ses institutions s'avère indispensable pour établir un système décisionnel plus efficace et rapide.
Il est essentiel pour l’Europe, en ce moment d'hostilités généralisées, de conserver ses alliances et coopérations. Comme l’a exprimé Mark Carney, Premier ministre canadien, à Davos : "Les puissances moyennes doivent s’unir, car si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu." Naviguer dans ce nouveau monde exige non seulement de se faire respecter, mais surtout d'être proactif dans la redéfinition de la politique européenne.
(*) Rédacteur en chef à Ouest-France. (1) Cf, «Notre déni de guerre», de Stéphane Audoin-Rouzeau, Seuil (janvier 2026).







