Depuis le début du mois, une vague de manifestations et d'actes de violence a secoué plusieurs villes de Syrie, reflétant un profond traumatisme collectif et une impatience grandissante envers le processus de justice transitionnelle. Dans le district de Salqine, dans la région d'Idlib, un incident tragique a eu lieu le week-end dernier : un homme, accusé d'être un informateur pour le régime d'Assad, a été lynché par une foule en colère, son corps étant abandonné dans une décharge.
Ce climat de tensions s'étend à travers le pays, touchant des villes telles qu'Alep, Idlib, Deir Ez-Zor, et bien d'autres, où des sit-in et des manifestations exigent que les "chabbiha", ces groupes d'individus assimilés aux partisans du régime, soient tenus responsables. Comme le souligne Al-Thawra, l'exigence d'une réparations et d'un traitement juste des exactions du passé demeure un enjeu majeur.
Le gouvernement, pour sa part, tente de minimiser ces événements, les qualifiant de "tensions limitées", tout en reconnaissant que des actes de violence et de vandalisme se produisent. La nécessité de la justice transitoire est discutée dans les médias, et les experts, comme ceux cités par Enab Baladi, se questionnent sur les limites entre justice et vengeance.
Un traumatisme persistant dans la société syrienne
Les manifestants exigent des comptes pour tous les partisans de l'ancien régime, réclamant leur exclusion des institutions militaires et de sécurité. Selon L’Orient-Le Jour, cette colère est alimentée par de profondes blessures et des violations historiques, laissant des victimes sans réparation.
Comme l'affirme un analyste en sécurité syrien, le traumatisme collectif causé par les atrocités vécues par une grande partie de la population persiste, rendant tout progrès vers la justice d'autant plus pressant.
Les problèmes économiques aggravent encore la situation, provoquant une détérioration des conditions de vie, une montée des prix et une perte de confiance dans les institutions, ce qui, selon Al-Modon, contribue à créer un sentiment d'auto-justice croissant.
Les défis d’une justice transitionnelle
Cette colère s'exprime également à travers l'impatience face à l'absence de véritables progrès dans le domaine judiciaire, particulièrement depuis l'arrivée au pouvoir d'Ahmed El-Charaa. Les arrestations restent symboliques et les procès tant attendus ne se concrétisent pas, alimentant encore plus les frustrations.
Pour calmer les tensions, le gouvernement insiste sur sa responsabilité dans la mise en œuvre de la justice transitionnelle, comme l'affirme le ministre de la Justice, Mazhar Al-Wais :
"Il n'y a pas de place pour le chaos ni pour la vengeance. La règle doit être l’État de droit."
Dans ce contexte, un universitaire syrien cité par Al-Modon, rappelle que les décisions rapides et claires sont cruciales pour éviter que le ressentiment populaire ne s'intensifie.







