Amélie de Montchalin prend la tête de la Cour des comptes, une décision qui ne passe pas inaperçue dans le paysage politique. Dès ses 40 ans, cette nomination, perçue par certains comme un simple recasage, soulève des inquiétudes quant aux intentions d’Emmanuel Macron. En effet, le président vise à installer des alliés dans des postes stratégiques pour assurer la pérennité de son influence.
Selon le journaliste Michaël Moreau, dans son ouvrage Sa Majesté nomme, le chef de l’État détient un pouvoir sans précédent sous la Ve République, pouvant désigner entre 5 000 et 10 000 dirigeants. À l'inverse de ses prédécesseurs qui déléguèrent largement ces décisions, Macron adopte une approche centralisée qui alimente la perception qu’« l’État, c’est lui ».
Le Maître des horloges et des destins
Les couloirs de l'Élysée se sont transformés en véritables salons de recrutement. Emmanuel Macron s’engage personnellement dans les nominations, un contrôle qui va jusqu’à retarder certains choix afin d’exercer une pression supplémentaire sur les candidats. Cela met en lumière une volonté de s'assurer que chaque élément de l’État s’accorde avec sa vision politique.
Cette méthode, bien que centralisante, attire des critiques. Des alliés passés évoquent une gestion liée à la procrastination, amenant les postulants à guetter une décision finale, qui penchera surtout en faveur des plus loyaux.
Un verrouillage pour l’après-2027
L’exemple de Montchalin n’est qu’un aspect d’un plus large dispositif. D’autres nominations, comme Richard Ferrand au Conseil constitutionnel ou Stéphane Séjourné à la Commission européenne, renforcent ce sentiment d’une main mise macroniste sur les institutions. Les opposants, du LFI aux Républicains, dénoncent cette tentative d’affaiblir les contre-pouvoirs.
Pour l’éditorialiste Carole Barjon, ce vaste maillage semble dessiner un verrouillage stratégique visant l’après-2027. En plaçant des proches à la tête d’institutions pérennes, Macron s’assure que son empreinte restera, surtout en cas de montée du Rassemblement national.
Préparer 2032 : le rêve du retour
Ces nominations ne se bornent pas à une protection de l’héritage, mais visent également l’avenir. D’après Les Échos, le président aurait déjà des vues sur 2032, distillant des sous-entendus à ses fidèles lors de remises de décorations, laissant entendre un possible retour.
Cependant, malgré les désapprobations face à ce « régime agonisant », des voix plaident pour une plus grande confiance. Comme l’a rappelé L’Express, l’histoire montre que l’indépendance d’une institution peut parfois triompher des faveurs. En 1986, Robert Badinter, après sa nomination au Conseil constitutionnel, avait signifié à François Mitterrand : "Sachez que, dès cet instant, j’ai un devoir d’ingratitude envers vous." Reste à voir si la nouvelle génération de loyalistes saura emprunter cette route.







