Plus de sept ans après les événements, une affaire emblématique de violences policières prend un tournant significatif : le policier accusé d'avoir sérieusement blessé une passante durant une manifestation des "gilets jaunes" à Marseille en 2018 a été mis en examen.
Depuis 2025, près de quinze agents de police ont fait l’objet de poursuites dans le cadre des investigations intensifiées concernant l’agression d’Angelina, alors âgée de 19 ans, en date du 8 décembre 2018 dans le centre de Marseille.
Les enquêteurs affirment avoir identifié le principal suspect impliqué dans les coups de matraque qui ont gravement blessé la jeune femme, selon des sources proches de l’enquête.
Le policier, actuellement affecté aux renseignements territoriaux, a été mis en examen dans la nuit de jeudi à vendredi pour "violences ayant entraîné une incapacité totale de travail (ITT) supérieure à 8 jours", avec des circonstances aggravantes notables : en tant que représentant de l’autorité publique, en réunion et avec une arme, comme l’a confirmé le parquet de Marseille, relayé par Mediapart.
Bien que le parquet ait demandé son incarcération, le juge des libertés a opté pour un contrôle judiciaire, interdisant à l'agent d'exercer sur la voie publique.
Les faits s'étaient déroulés lors d'une journée marquée par trois manifestations concomitantes à Marseille : une contre l'habitat indigne, une pour le climat, et celle des "gilets jaunes". C’est en marge de cette dernière que la malheureuse Angelina, à l'époque vendeuse, a été prise pour cible.
En repartant de son travail avec son compagnon, elle a été blessée par un tir de LBD à la cuisse, provoquant sa chute, avant d’être encerclée et agressée par plusieurs policiers.
- Un parcours semé d'embûches -
Angelina, qui préfère taire son nom de famille, avait témoigné en 2020 auprès de l’AFP qu’elle avait été frappée au visage par un policier, avant de subir de multiples coups qui lui ont fracturé le crâne : "J'étais consciente, mais j'ai cru que j'allais perdre connaissance". Des images de son hospitalisation, montrant son crâne balafré de cicatrices, avaient fait le tour des médias.
Malgré la gravité des faits, l’enquête avait stagné, notamment à cause de l’absence d’identification des policiers impliqués ainsi que de preuves disparues : des enregistrements radio et des images de vidéosurveillance avaient mystérieusement été effacés.
La victime avait alors exprimé son sentiment d'abandon, accusant les autorités de ne pas avoir mené les investigations nécessaires. Ce n’est qu’en octobre 2025 que l’enquête a connu une avancée majeure avec la mise en examen de plusieurs policiers pour "non-assistance à personne en danger".
L’avocat d’Angelina, Brice Grazzini, a déclaré son contentement face à ces avancées après des années de lutte : "Il est essentiel que ceux responsables de cette agression soient enfin tenus pour compte". Tout en soulignant l'importance de la présomption d'innocence, il a salué le travail des juges et du procureur qui ont permis de percer l’omerta entourant cette affaire.
Selon des renseignements recueillis par Mediapart, le dossier a été relancé après qu'un policier a reconnu avoir menti lors de son audition initiale, invoquant des pressions de sa hiérarchie et de son syndicat.







