Un "enjeu de sécurité nationale". Dans son rapport publié le 21 janvier, le Haut Conseil à l'Égalité (HCE) met en garde contre la montée des idéologies masculinistes dans la société. Cette instance demande une reconnaissance plus large du caractère terroriste des formes de radicalisation associées à ces mouvements.
Illustration tragique de cette menace, un attentat préparé par un individu de 18 ans a été déjoué en juillet dernier à Saint-Etienne. Armé de deux couteaux, le jeune homme a été arrêté et est actuellement sous le coup d'une enquête du Parquet national antiterroriste (Pnat), qui se penche sur ses liens avec la mouvance "incel". Les "incels", ou célibataires involontaires, représentent une sous-culture d'hommes se considérant comme victimes des femmes et de la société.
Une menace terroriste "aussi dangereuse que d'autres"
Le HCE souligne que le masculinisme contribue à légitimer la violence envers les femmes et d'autres minorités. Ce climat d'intimidation est renforcé par des discours de haine, ainsi que par la promotion de comportements violents et sexistes.
Céline Piques, porte-parole d’Osez le Féminisme, affirme que la réaction du Pnat face à cet attentat montre que le cadre légal est déjà présent pour combattre le terrorisme masculiniste. Néanmoins, il est crucial que le ministère de l'Intérieur prenne pleinement en compte cette menace, en la considérant au même niveau que d'autres formes de terrorisme.
Une formation des forces de sécurité nécessaire
Pour faire face à ce phénomène, le HCE appelle à une acculturation des pouvoirs publics sur les enjeux liés au terrorisme masculiniste. Il prône l'élaboration d'une stratégie nationale de prévention, comprenant des rapports annuels au Parlement sur les actions menées.
Les associations féministes insistent également sur la nécessité de former les forces de l'ordre aux problématiques masculinistes. Emmanuelle Handschuh, membre du collectif "Nous Toutes", souligne que bien que les forces de sécurité aient récemment reçu des formations sur les violences sexistes, une formation spécifique sur les mouvements masculinistes est indispensable.
Un besoin urgent de détection et de formation
Dans son rapport, le HCE propose la création d'un référentiel national sur les signaux de radicalisation masculiniste, afin que les professionnels de la sécurité soient mieux préparés à détecter ces comportements nuisibles. En parallèle, Bérangère Couillard appelle à renforcer les contrôles sur les réseaux sociaux, indiquant que les autorités doivent comprendre le langage des masculinistes pour pouvoir identifier les contenus violents.
Pour le HCE, il est impératif que le renseignement français intègre cette nouvelle forme de radicalisation dans ses analyses de menace. Emmanuelle Handschuh note que si la menace masculiniste est prise au sérieux et surveillée comme d'autres formes de terrorisme, sa détection et sa répression seront grandement améliorées.
Vers une reconnaissance législative
Des organisations comme "Nous Toutes" accueillent favorablement les propositions du HCE et soulignent qu'il est crucial de nommer ces comportements pour en améliorer la répression. La sociologue Mélissa Blais, interrogée sur le sujet, affirme qu'il est essentiel pour la société de bien identifier ces menaces pour en évaluer l'ampleur et agir efficacement.
En conclusion, le HCE et les associations féministes insistent sur l'importance d'agir de manière proactive avant qu'un acte de violence ne se produise. Rappelant l'attentat tragique de l’École polytechnique de Montréal, les responsables plaident : "N'attendons pas un passage à l'acte pour prendre au sérieux cette menace".







