À 101 ans, Lylvina espérait enfin voir justice rendue pour le viol qu'elle a subi. Pourtant, la situation a pris une tournure tragique. Jean-François A., déjà condamné à deux reprises pour des faits similaires, interroge tous ceux qui suivent cette affaire.
Ce mercredi 7 janvier, lors d’un procès particulièrement chargé d’émotions, un gendarme a exprimé ses remords face aux juges. “Je m’en veux énormément, car je n’ai pas pris en compte les déclarations de la victime avec toute l’importance qu’elles méritaient”, a-t-il déclaré, visiblement conscient des conséquences graves de ses erreurs.
Les faits datent de mars 2018 en Guadeloupe, où Lylvina, alors âgée de 93 ans, a été agressée chez elle. Après la visite de sa fille, elle se rend sur son pot de chambre lorsque son agresseur surgit, sans un mot, et commet l'irréparable avant de disparaître.
À son arrivée, sa famille a d'abord cru que le violeur pouvait déjà être un proche. Un gendarme s'est alors rendu sur place pour recueillir son témoignage.
Lylvina a exprimé son incapacité à identifier son agresseur, qui avait couvert son visage. Cependant, elle a remarqué que sa démarche ressemblait à celle d'un jeune homme du voisinage, fils d’un marin-pêcheur. Malheureusement, cette piste n'a pas été suivie sérieusement.
Une enquête qui aurait pu être plus efficace
Le gendarme en charge de l’affaire n’a pas jugé utile d’explorer les environs. Au lieu de cela, l’enquête a stagné, laissant le violeur présumé, Jean-François A., fuir vers la métropole. En août 2018, il est surpris à Paris en flagrant délit d’agression sur une sexagénaire. Malgré un ADN enregistré, il ne sera condamné qu'à un an de prison pour vol, sans que les éléments d'agression sexuelle soient pris en compte.
La victime de Lylvina, mécontente, a exprimé ses doutes sur le système judiciaire. “J'étais convaincue qu'il recommencerait”, déclare-t-elle, un sentiment qui se révélera malheureusement fondé.
En 2020, Jean-François A. est arrêté pour une tentative de viol sur une sans-abri. Là encore, le témoignage de la victime ne mènera à aucune condamnation sévère, et il échappe à une sanction appropriée.
Un retour sur les lieux du crime
Ce n’est qu’en 2021, grâce à une policière tenace, que l’enquête sur Lylvina reprend. Elle fait analyser les échantillons ADN d’époque et les résultats confirment les craintes de la centenaire. En 2023, Jean-François A. est enfin interpellé. Son comportement lors de l’audience fait penser à une stratégie d’évitement.
Durant son procès, Lylvina, bien que âgée, a tenu à témoigner par vidéo. Son récit reste clair : son violeur était déterminé et cruel, et elle craignait pour sa sécurité si l'accusé échappait une nouvelle fois à la justice.
En fin d’audience, le prévenu manifeste des signes de nervosité. Toutefois, un psychiatre a affirmé qu’il n’était pas dans un état de santé suffisant pour suivre l’audience, suscitant l’agacement des parties civiles.
Alors que le report du procès est décidé, l’avocate des victimes, Me Caty Richard, se demande si Jean-François A. fait réellement preuve de troubles mentaux ou s’il feint la folie pour éviter le jugement. “Il agit comme un homme qui sait qu'il a commis un crime”, a-t-elle alerté. Ainsi, la justice française semble naviguer dans une zone d'incertitude qui laisse de nombreuses questions en suspens.
Le procès, reporté à une date incertaine, pourrait ne pas se tenir avant plusieurs années, laissant le système judiciaire face à ses lacunes et à la souffrance continuelle de la victime, qui a déjà attendu trop longtemps pour obtenir réparation.







