Les 35 000 maires de France se trouvent chaque jour en première ligne, confrontés aux attentes et, parfois, à la colère des citoyens, qui peut aller jusqu'à des menaces de mort. Ces élus doivent également faire face à des finances publiques en déclin et à des contraintes administratives croissantes. Romain Colas, maire de Boussy-Saint-Antoine, au sud-est de Paris, fait partie de ce groupe résilient, ayant pris les rênes de sa commune depuis 2008.
Située à proximité de la forêt de Sénart, Boussy-Saint-Antoine dégage une atmosphère paisible. Le 9 février, alors que le soleil brille sur l'Yerres, Romain Colas reçoit France 24 pour discuter de son mandat. Élu de gauche, il se prépare à se représenter lors des municipales de mars prochain, sans challenger déclaré à l’horizon. "Je pense que j’ai dégoûté mes opposants", plaisante-t-il. À ses yeux, la fonction de maire se résume en trois mots : "Disponibilité, sincérité et détermination." Il apprécie d'ajouter "responsabilité", un terme qui relie toutes ses fonctions.
À 46 ans, Romain Colas partage son quotidien en toute transparence : "Être maire, c'est 90 % de tracas pour 10 % de satisfaction... mais ces 10 % valent le coup !" Son engagement ne faiblit pas, même face à une période délicate où il doit gérer plusieurs dossiers, notamment en tant que président du Syndicat mixte pour l'assainissement et la gestion des eaux de l'Yerres (SyAGE).
Les maires, comme Colas, déplorent souvent une déconnexion entre les services administratifs de l’Etat et les réalités du terrain. Il illustre ce point avec un projet de reconversion d'un champ en agriculture biologique, bloqué depuis 18 ans : "C'est une absurdité administrative !"
Un environnement financier dégradé
Les maires font face à une réduction significative de leurs ressources financières, une tendance qui s'est accentuée avec la dernière loi de finances. Comme le note l'Association des maires de France, la situation devient de plus en plus difficile. "Depuis que je suis maire, nos moyens se sont réduits", affirme Colas, pointant du doigt la diminution des agences comme la Direction départementale de l'équipement qui soutenaient les projets municipaux.
Ces restrictions budgétaires entraînent des retards dans les projets d’infrastructure. Récemment, il a dû remettre à plus tard la rénovation énergétique d’un gymnase sans savoir quand cela pourrait être réalisé, bien qu'il considère avoir eu de la chance de mener à bien les rénovations des deux autres.
En dépit du tableau somber, la dynamique de son bureau reste active. Les réunions avec son équipe se succèdent, abordant des questions variées allant de la publication du magazine "Boussy Info" aux demandes des citoyens. Comme il le dit, "en tant que maire, je suis constamment sollicité par les habitants, et c’est normal".
La colère et ses conséquences
La colère citoyenne pousse parfois à des confrontations directes. Colas préside même un mouvement croissant de tension sociale. Il se remémore une rencontre houleuse dans le RER D, où un usager furieux lui a reproché les retards, sans réaliser que ce n'était pas de son ressort. "Il y a une partie de la population qui devient de plus en plus agressive", constate-t-il.
Dans les cas extrêmes, cette colère peut déboucher sur des menaces, comme en 2023, lorsqu'une inscription néo-nazie menaçante a été découverte sur le parvis de la mairie. Romain a reçu de nombreuses menaces de mort, bien qu'il déclare, "cela ne m’a jamais fait peur; plutôt que de me décourager, cela m’a motivé à rester engagé".
Romain Colas est conscient des défis psychologiques associés à sa fonction, ayant lui-même subi un burn-out en 2019. Depuis, il a appris à gérer ses priorités. En 2024, l'AMF a même publié une alerte sur la santé des maires.
Pour se ressourcer, il se tourne vers la voile, un sport qu'il a commencé en 2009. "C'est une soupape de décompression pour moi", avoue-t-il. Peignant un portrait de son engagement intense, il conclut, "être maire aujourd'hui, c'est être un amortisseur de la colère populaire. Si nous lâchons prise, nous risquons de perdre notre capacité à vivre ensemble."







