Écarté de la cérémonie par la famille de l'historien et résistant, le Rassemblement National (RN) réplique et cherche à réécrire les faits. Cet incident illustre les tensions persistantes autour de la mémoire antifasciste en France.
Le RN prétend se distancier de ses origines, notamment de ses liens avec les miliciens de Vichy et les Waffen-SS alliés à Jean-Marie Le Pen en 1972. Malgré cela, son héritage vichyste semble toujours actif, comme en témoigne sa réaction face à la mise en lumière du parcours de Marc Bloch, abattu par les nazis le 16 juin 1944.
Les membres du RN ont expressément mal pris le refus d'invitation à cet événement officiel. Suzette Bloch, descendant de l'historien, confirme cette exclusion en soulignant : « Le RN est l'héritier des Waffen-SS qui ont assassiné mon grand-père. Marc Bloch était un antifasciste, un démocrate, un homme de gauche. Ces valeurs nous ont été transmises. » Son intervention sur France Inter souligne la gravité de l'attaque contre son ascendant, désormais honoré au Panthéon.
« On ne discute pas de la Résistance avec des héritiers de la collaboration »
Malgré l'absence d'une représentation officielle du RN, son président Jordan Bardella ne cache pas son mécontentement. La stratégie de normalisation du parti est mise à mal par une exclusion ressentie comme une humiliation. Dans une tentative de réplique, des élus du RN ont même contacté l'Arcom par l'intermédiaire de la députée Laure Lavalette.
Jean-Philippe Tanguy a rétorqué à Suzette Bloch que « Marc Bloch a été arrêté par une cellule de la Gestapo dirigée par Francis André, ancien membre du Parti communiste français. » Le RN semble choisir de distiller des ambiguïtés pour se dédouaner, tout en cherchant à ternir l'image des communistes, qui ont eux, combattu l'occupant nazi.
Bien que Francis André ait effectivement été membre du PCF, son engagement a pris fin en 1936 lorsqu'il a embrassé des idéaux fascistes, rejoignant le Parti populaire français (PPF) et devenant un fidèle de Philippe Pétain. En revanche, il est notoire que de nombreux anciens membres du PPF ont été intégrés au Front national à sa fondation, comme l’a rappelé Manuel Bompard de La France insoumise.
« On ne discute pas de la Résistance avec des héritiers de la collaboration, » s'est indigné Ian Brossat, sénateur et porte-parole du PCF. Sa déclaration résume le sentiment partagé par de nombreux Français qui mettent en garde contre les tentatives du RN de réécrire l’Histoire afin de se forger une nouvelle image. Bompard a également suggéré que « la révision de l’histoire semble une spécialité du RN. »
En définitive, cet épisode autour de Marc Bloch ouvre la voie à un débat plus large sur la mémoire collective de la Seconde Guerre mondiale, questionnant la place des rôles historiques et des héritages politiques dans le récit national.







