Le musée du Quai Branly : 20 ans d'ouverture sur le monde

Un voyage à travers 20 ans d'exploration culturelle et de restitution au musée du Quai Branly.
Le musée du Quai Branly : 20 ans d'ouverture sur le monde
©FRANCK FIFE, AFP - Le président du musée du quai Branly-Jacques Chirac, Emmanuel Kasarherou, le 27 mai 2020, à Paris

En deux décennies, le musée du Quai Branly a su s'établir comme une institution culturelle emblématique à Paris, célébrant les cultures extra-occidentales et servant de lien entre la France et ses anciennes colonies, notamment en matière de restitution d'œuvres d'art.

"Ce musée était inattendu, il a d'abord surpris et suscité des débats, et aujourd'hui, il a trouvé sa place", explique Emmanuel Kasarhérou, président de l'institution depuis six ans, dans un entretien accordé à l'AFP.

Inauguré le 20 juin 2006 par le président Jacques Chirac, passionné par les arts premiers, ce musée ethnographique a été conçu par l'architecte Jean Nouvel. Sa cérémonie d'ouverture a été honorée par la présence de Kofi Annan, alors secrétaire général de l'ONU, et Claude Lévi-Strauss, ethnologue renommé.

Depuis cette date, le musée du Quai Branly Jacques Chirac a attiré 25 millions de visiteurs et organisé 161 expositions, mettant en avant une collection exceptionnelle de plus de 360 000 œuvres d'art. Emmanuel Kasarhérou souligne l’attrait des Parisiens pour les découvertes, comme en témoignent l’intérêt croissant pour les expositions sur le tatouage, les chefferies du Cameroun ou encore Teotihuacán, l'ancienne cité mexicaine.

Parmi les expos les plus remarquées, "Africa Fashion", visible jusqu'au 12 juillet, et "Au fil de l'or", qui a séduit 1,2 million de personnes en Chine, révèlent l’engouement pour des thèmes variés allant de l'art ancestral à la mode contemporaine.

Désireux d'évoluer et de ne pas être perçu comme un musée figé dans le passé, le Quai Branly ambitionne de rester "plus que jamais ouvert sur le monde", mêlant art traditionnel et culture populaire, tout en intégrant des récits alternatifs. Loin des discours figés, Emmanuel Kasarhérou, originaire de Nouvelle-Calédonie, parle de croiser les perspectives pour enrichir l'expérience des visiteurs.

- "Héritages coloniaux" -

Cependant, le musée doit naviguer dans la complexité des relations entre la France et ses anciennes colonies africaines. "En 20 ans, le contexte international et culturel a évolué : l'attention portée aux héritages coloniaux est devenue prépondérante", souligne Emmanuel Kasarhérou, faisant référence aux efforts de restitution des œuvres volées, initiés par Emmanuel Macron en 2017, provoquant ainsi de vives discussions en France.

Depuis 2020, la France a restitué au Bénin 26 trésors d'Abomey, au Sénégal le sabre d'El Hadj Omar et, à la Côte d'Ivoire, un tambour sacré volé en 1916. Emmanuel Kasarhérou note que ces retours sont bénéfiques pour les pays d'origine ainsi que pour la France, car ils permettent de réécrire l'histoire sous un nouvel angle. Le Bénin a été particulièrement actif, construisant un musée pour accueillir ces œuvres.

Ces restitutions ont permis aux Français de redécouvrir des chapitres oubliés de leur histoire coloniale, décomposant une vision parfois idéalisée du colonialisme, comme l'explique Emmanuel Kasarhérou. Les futures restitutions devraient connaître un processus facilité grâce à la loi promulguée en mai, qui adoucit l'inaliénabilité des collections publiques.

La Côte d'Ivoire et le Bénin sont à l'avant-garde pour récupérer d'autres objets, tandis que les démarches du Mali sont suspendues en raison de la situation politique à Bamako. Soucieux d'élargir son champ d'exploration, le Quai Branly projette en 2027 une exposition sur les Aïnous, un peuple autochtone du Japon, et envisage en 2028 de se pencher sur l’Iran, multipliant ainsi les regards sur la diversité culturelle mondiale.

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