La récente mobilisation des habitants a amené une commune du New Jersey à renoncer à son projet de construction d'un data center. Cette décision marque un tournant et devient un enjeu politique grandissant aux États-Unis.
Des débris éparpillés sur un terrain vague à New Brunswick, à une heure de New York, rappellent que ce site, autrefois industriel, était sur le point de devenir un centre de données sous l'égide de la société Amzak Capital Management.
Une mobilisation forte grâce à une vidéo virale
Neuf jours avant le vote crucial du conseil municipal, les résidents ont découvert le projet lors d'une réunion et ont vite fait entendre leur mécontentement. Une vidéo virale ainsi que des tracts distribués sur le campus de l'université Rutgers ont mobilisé plus de 300 personnes pour le vote, bien au-delà de la capacité de la salle.
"Dès le début, ils ont annoncé le retrait du projet, sans même ouvrir le débat", relate Ben Dziobek, fondateur de Climate Revolution Action Network.
Le maire de New Brunswick, James Cahill, a précisé que les centres de données sont essentiels dans nos économies modernes, mais face aux préoccupations environnementales, de nombreuses collectivités cherchent à définir comment les intégrer de manière responsable. "L'impact énergétique et immobilier reste au centre des préoccupations", a-t-il ajouté.
Un habitant, Brandon Guillebeaux, a mis en question les bénéfices attendus : "Si cela avait apporté des milliers d'emplois, ça aurait valu la peine. Mais pour une poignée d'emplois, cela ne valait pas le coup."
"Créer un précédent"
C.J., une résidente de 23 ans, souligne que le projet aurait été implanté loin des infrastructures essentielles comme les bureaux et hôpitaux. "Des appels affluent de tout le pays pour savoir comment nous avons fait", confie Charlie Kratovil, candidat à la mairie et militant. "Il y a un an, ce sujet était ignoré."
Les centres de données, accrus par l'essor de l'IA générative, se multiplient, tandis que la disponibilité d'infrastructures énergétiques peine à suivre. Un rapport récent indique une augmentation de près de 17% de la facture énergétique dans le New Jersey, le plus haut dans le pays.
Début mars, plusieurs entreprises technologiques se sont engagées à compenser leurs besoins énergétiques croissants par des investissements dans de nouvelles capacités, une bonne nouvelle pour les collectivités inquiètes.
Un sondage mené par l'université Quinnipiac révèle que 65% des Américains n'approuvent pas l'implantation d'un data center dans leur commune. D'autres villes, comme Chandler en Arizona ou College Station au Texas, ont également opté pour l'abandon de ces projets, mais sans faire autant de bruit que New Brunswick.
C.J. espère que cela incitera d'autres à s’opposer publiquement à de tels projets, prouvant ainsi qu'une action collective peut faire la différence. Dans les semaines à venir, le Maine pourrait même devenir le premier État à instaurer un moratoire sur ces infrastructures.
Au New Jersey, plusieurs projets de loi sont en discussion, notamment celui de Joe Danielsen, qui couvre New Brunswick, visant à réglementer étroitement les entreprises de cloud. Pendant ce temps, des figures politiques comme Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez plaident pour une pause sur les nouveaux centres de données.
"Nous savons que ces centres vont s'installer", a déclaré Dziobek. "Nous voulons des études détaillées sur leurs impacts locaux et éviter une course précipitée vers leur réalisation."







